13 janvier 2008

Crise des médias par JFK

Notre JFK contemporain, alias Jean-François Kahn, jusqu'à récemment encore directeur de l'hebdomadaire Marianne, s'est prêté à une intéressante interview par Raphaëlle Bacqué sur la crise des médias dans les colonnes du Monde - quel meilleur endroit y aurait-il que la cour des miracles pour parler de la vie de bohème ? Le constat est à bien des égards assez classique (problèmes de financement, de distribution, de relations avec les annonceurs, émergence de la presse gratuite, érosion du lectorat, etc.). Il est notamment un passage qui requiert à mon opinion qu'elle s'exprime.

Sur l'assèchement des rivières qui irriguent la culture générale des citoyens :

"Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."

Il faut en effet s'adapter à la réalité. Dans la presse écrite, faute de place, dans la presse audiovisuelle, faute de temps, face à l'obstacle on préfère rebrousser chemin et en emprunter un autre. On quitte la petite route départementale, faite de virages subtiles, traversant de pittoresques villages et empreinte d'histoire, lui préférant l'autoroute menant au plus vite au résultat. Il n'en reste pas moins qu'esquiver le chemin au motif qu'il est difficile n'est ni satisfaisant ni souhaitable - Kierkegaard disait que ce n'était pas le chemin qui était difficile, mais le difficile qui était le chemin. C'est à ce stade que je crois utile de compléter l'analyse de JFK. Si le constat vaut pour les médias traditionnels, il ne vaut plus pour les médias en ligne, fussent-ils de masse ou sociaux, où l'hypertextualité permet de donner du sens et du contexte à son propos. Sur Internet, on peut donc écrire le précédent paragraphe de la manière suivante :

"Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."

La force de l'hypertextualité réside dans la possibilité qu'elle donne d'en apprendre davantage, de facilement combler des lacunes dont les autres canaux d'information font fi.

26 décembre 2007

"Justice et liberté" dans les prisons

Si on juge une société au sort qu'elle réserve à ses prisonniers, je souhaite à la France de s'adjoindre les conseils d'un avocat qui ne rechigne pas à défendre de patents coupables. La présomption d'innocence n'a ici pas droit de cité. Surpopulation carcérale, manque de suivi psychologique, faiblesse des moyens alloués à la réinsertion sociale et professionnelle ou encore violence entre détenus convaincront nos juges, ailleurs ou plus tard, que nous aurons manqué à un élémentaire devoir d'humanité. Que nous continuions ainsi à négliger ce qui se passe derrière les hautes murailles des maisons d'arrêt ou centres pénitentiaires et nous nous devrons d'admettre que de justice, les peines seront devenues de pure punition, pire de vengeance. Si la justice cherche bien évidemment à punir ce qui a été fait, elle intègre également à sa considération d'autres éléments telles la protection de la société pour l'avenir. Comment parler d'avenir lorsque notre société ne s'intéresse qu'au bras de la justice qui tient le glaive, celui de la punition, celui du passé. Pour que justice il y ait, la lumière doit traverser les fenêtres des enceintes de privation, pour que celles-ci ne soient plus jamais des enceintes d'abandon. Le quotidien Ouest France honore sa devise, "Justice et liberté", en permettant aux détenus de l'ouest métropolitain de s'évader en toute légalité. Ces quelques ponts jetés entre les reclus et leur société jetteront peut-être certains prisonniers plus sûrement sur les routes de la réinsertion. Ouest France rend à notre société un peu de la dignité qu'elle perd, en même temps que ses prisonniers, derrière ces murs.

Voir l'édito d'Ouest France.
Voir le site de l'Observatoire International des Prisons pour aller plus loin.

20 décembre 2007

Moutons que nous sommes

Ces derniers jours, tout le monde n'a eu que ça à la bouche. Au cas où vous auriez passé ces dernières 72 heures plongé dans l'intégrale de Voltaire à la Pléiade ou à lire Shakespeare dans le texte, je soumets à votre considération la nouvelle qui a supplanté toutes les autres, le scoop de ce mois de décembre : le Président de la République, Nicolas Sarkozy, serait en couple avec la mannequin et chanteuse Carla Bruni. C'est en tout cas ce que tous les supports d'opinion, des médias aux blogs, ont déduit des photos de ces deux êtres proches à la parade de Mickey.

Que cela constitue une nouvelle, j'en conviens et le revendique même. Que cela constitue une nouvelle en soi, je le regrette, moutons que nous sommes à regarder l'écume, oubliant de veiller aux vagues. Les médias français, dans leur grande majorité, se repaissent souvent du respect qu'ils affichent à l'égard de la vie privée. Grand bien leur fasse. Mais maintenant qu'ils sont tombés dans les filets tendus par un Président pratiquant un style nouveau, il leur faudrait reconsidérer leur position. Si le respect affiché de la vie privée des personnages politiques ne consiste en effet qu'à resservir aux Français les histoires de façade racontées par le Président sans chercher à creuser plus avant, alors les médias font fausse route. Soit on n'en dit rien, et l'on se refuse à expliquer ce que la vie privée d'un homme peut avoir comme influence sur ses décisions politiques. Soit on le dévoile, et on accepte alors de se plonger dans cette sphère privée pour comprendre en quoi elle joue, par moments, un rôle de détournement médiatique. On s'y plonge encore pour comprendre ce qu'elle révèle sur nos personnages politiques, en proie à la reconnaissance, travaillés par le désir de séduction, préférant quoi qu'ils en disent, car ils le font, la gloriole aux blocs de granit. Pures suppositions que ces projections de sentiments ou de motifs. Mais questions que nous ferions mieux de nous poser alors que nos regards se posent, eux, sur ces photos depuis trop longtemps déjà.

PS : pour un premier niveau d'analyse, un peu à l'image de ce que pratique les presses italienne ou anglaise, allez par exemple ici.

16 octobre 2007

Clin d'oeil à une (petite) révolution

Faz La nouvelle est passé inaperçue ou presque. Pourtant la secousse est de taille. La prestigieuse Frankfurter Allgemeine Zeitung, connue Outre-Rhin pour son sérieux et son clacissime, a en effet décidé de faire paraître en couverture une image. Désormais, afin de séduire davantage les jeunes et les femmes, la FAZ a décidé que ses lecteurs n'auront plus attendre de se plonger dans les pages intérieures pour découvrir quelques soutiens visuels.
Certes, l'évolution est moins importante que celle que connaît Libération avec sa nouvelle maquette, mais elle marque une véritable révolution pour un quotidien élevé au rang d'institution.