Crise des médias par JFK
Notre JFK contemporain, alias Jean-François Kahn, jusqu'à récemment encore directeur de l'hebdomadaire Marianne, s'est prêté à une intéressante interview par Raphaëlle Bacqué sur la crise des médias dans les colonnes du Monde - quel meilleur endroit y aurait-il que la cour des miracles pour parler de la vie de bohème ? Le constat est à bien des égards assez classique (problèmes de financement, de distribution, de relations avec les annonceurs, émergence de la presse gratuite, érosion du lectorat, etc.). Il est notamment un passage qui requiert à mon opinion qu'elle s'exprime.
Sur l'assèchement des rivières qui irriguent la culture générale des citoyens :
"Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."
Il faut en effet s'adapter à la réalité. Dans la presse écrite, faute de place, dans la presse audiovisuelle, faute de temps, face à l'obstacle on préfère rebrousser chemin et en emprunter un autre. On quitte la petite route départementale, faite de virages subtiles, traversant de pittoresques villages et empreinte d'histoire, lui préférant l'autoroute menant au plus vite au résultat. Il n'en reste pas moins qu'esquiver le chemin au motif qu'il est difficile n'est ni satisfaisant ni souhaitable - Kierkegaard disait que ce n'était pas le chemin qui était difficile, mais le difficile qui était le chemin. C'est à ce stade que je crois utile de compléter l'analyse de JFK. Si le constat vaut pour les médias traditionnels, il ne vaut plus pour les médias en ligne, fussent-ils de masse ou sociaux, où l'hypertextualité permet de donner du sens et du contexte à son propos. Sur Internet, on peut donc écrire le précédent paragraphe de la manière suivante :
"Je reçois des lettres de lecteurs qui me disent qu'ils ne comprennent pas tout ce que j'écris. J'avais parlé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pensaient que j'évoquais un pâtissier. J'ai écrit : "C'est une division du monde à la Yalta." Mais qui sait encore ce qu'est Yalta ? Je suis catastrophé que les jeunes ne connaissent plus l'histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les journalistes sont furieux qu'on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marxistes qui décrivent la réalité comme ils voudraient qu'elle soit, il faut s'adapter à elle."
La force de l'hypertextualité réside dans la possibilité qu'elle donne d'en apprendre davantage, de facilement combler des lacunes dont les autres canaux d'information font fi.


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