"The big picture"
Prendre du recul. Réfléchir avant d'agir. Mettre les choses en perspective. Autant de courtes maximes pour dire ce que les anglo-saxons nomment "the big picture".
C'est sans doute ce qui fait défaut à de nombreuses initiatives privées en matière humanitaire. Non pas que les États ou les organisations internationales soient irréprochables en la matière, loin s'en faut. Néanmoins leurs défaillances sont plus souvent conscientes, par exemple dictées par des considérations géotratégiques, et ne font alors que peu de cas de l'humain pris en tant qu'individu. Ceci est condamnable, certes. Ceci n'est pas le reflet d'un cruel manque de discernement. Prenons deux exemples récents d'initiatives privées qui démontrent, à l'inverse, l'intérêt d'une approche globale, concertée et réfléchie en matière humanitaire.
Le Los Angeles Times a publié un intéressant dossier sur l'action de la fondation Bill & Melinda Gates en Afrique. Si les intentions et la générosité de la fondation sont plus que louables, le manque de prise en compte exhaustive des problèmes sanitaires des pays aidés par la fondation conduit à des résultats ambivalents, voire inquiétants. Infrastructures (transports, hôpitaux, routes, etc.), niveau d'éducation, structures familiales sont autant de paramètres qui jouent un rôle dans l'éradication des maladies les plus mortelles. Qui plus est, la priorité donnée aux seuls virus les plus graves, tels le SIDA ou la malaria, conduit à négliger des maladies que nous considérons, dans les pays industrialisés, comme plus bénignes, et pourtant plus mortelles en Afrique.
Quant à l'autre exemple, il s'agit de l'expédition manquée de l'Arche de Zoé en Afrique de l'Ouest. Sur le principe, on ne peut que souscrire à la volonté de sauver de jeunes enfants. Sur les modalités, on ne peut que s'opposer à une vision à courte-vue qui fait fi des principes de prudence élémentaire et des conséquences à long terme d'une telle aventure. Se fier à la parole de chefs de tribus, sans plus de recherches complémentaires et contradictoires, pour décider qu'un enfant vient bien du Soudan et qu'il est bien orphelin est au mieux stupide, au pire irresponsable. Dire que ces enfants seront élevés dans un pensionnat où ils seront éduqués et nourris semble être une assistance bienvenue dans des pays en proie à des problèmes de malnutrition endémiques et en manque d'individus éduqués pour soutenir leur développement. Les extraire de leur environnement pour le bien-être de familles françaises sans se soucier des conséquences d'une telle pratique pour le pays dont on les prive, c'est au mieux égoïste, au pire cynique.
Si les lenteurs et les pesanteurs de l'action publique nous sont insupportables lorsque c'est de vies qu'il s'agit, les approximations et expérimentations privées ne constituent aucunement un remède plus approprié. La justesse des choix opérés, bienfait de la lenteur, alliée à l'agilité des acteurs. Voilà un alliage qui doit être recherché. En mettant en relation les capacités d'expertise publique et la force de frappe privée ? Voilà une nouvelle piste de partenariat public privé à explorer.

Les commentaires récents