12 février 2007

Clémence envers les victimes

Plus de 30 ans après la loi Weil du 15 janvier 1975, c'est au tour d'un des derniers bastions européens de défense du droit à la vie de basculer vers le droit au choix. Les Portugais étaient appelés aux urnes aujourd'hui pour décider d'autoriser ou non les femmes à avoir recours, hors les cas de viol ou de risques médicaux, à des interruptions volontaires de grossesse dans les 10 premières semaines de celle-ci.

A 59%, les Portugais ont ainsi souhaité abolir la double peine qui frappait les femmes ayant jusqu'alors recours à l'IVG; la moindre des deux, la peine juridique, étant les 3 ans d'emprisonnement prévus pour une telle 'infraction", la pire, la peine humaine, étant la clandestinité et son inévitable cortège de drames et douleurs. Une femme ayant recours à un IVG est sans doute possible victime et non coupable. Tantôt victime d'un crime, tantôt victime de ses errements ou de ceux des autres. Il sied à nos sociétés d'êtres clémentes envers les victimes, quelles que puissent être leurs erreurs. De tout cela, je ne peux donc que me réjouir.

Le gouvernement socialiste de José Socratès a annoncé qu'une loi allait être votée d'ici à l'été afin de dépénaliser l'avortement. En effet, le taux de participation au referendum ayant été inférieur à 50%, son résultat n'a aucune force juridique. Qu'un enjeu d'une telle importance, dans un pays où la foi catholique est largement répandue et où l'église catholique s'est largement répandue en sermons hostiles à l'IVG, reste ignoré par 54% des électeurs me surprend et me désole. Quand le pacte fondamental d'une société est chahuté ou réformé, c'est tout le corps social qui devrait prendre part au débat. Quand tel n'est pas le cas, n'oublions pas de nous interroger sur ce phénomène, pour qu'enfin nous puissions activer les leviers - traditionnels ou nouveaux - de participation aux affaires publiques.

10 janvier 2007

Traitement(s) médiatique(s)

Alors que les médias français ont beaucoup parlé de "bravitude", de discrétion voire de soumission de Ségolène Royal à la Chine en matière de droits de l'homme, il est intéressant d'observer les différences de traitement de la visite de la candidate socialiste en Chine entre les médias français et étrangers. Alors que les premiers centrent trop souvent le débat sur les petites phrases ou les jeux de personnes, le média de référence britannique, la BBC, nous livre plus volontiers un traitement de fond de cette visite sous haute surveillance. Il ne s'agit pas de dire que les médias français excluent tout à fait le traitement des enjeux de leurs lignes éditoriales, mais de constater que les médias de référence étrangers sont parfois plus prompts à traiter de ceux-ci que les médias de référence français. Pour accentuer la nuance, il faut également admettre que les rivalités entre Tony Blair et Gordon Brown ont pris une place importante sur l'agenda médiatique britannique - sans pour autant que la présentation des divergences politiques entre les deux leaders travaillistes ait été éclipsée.

27 septembre 2006

Tortures républicaines

Peut-on torturer au nom de la défense d'idéaux qui bannissent la torture ? Peut-on brimer la liberté d'expression pour protéger les valeurs d'un système qui la sacralise ? Peut-on être intolérant avec l'intolérance pour préserver des valeurs faites, justement, de tolérance ?
Ces questions trouvent rarement réponses catégoriques dans la sphère du débat.
Réjouissons-nous (sic) que le gouvernement américain (et son Parlement) ait choisi d'apporter une réponse à l'une de ces questions: pour simplifier, à l'égard d'étrangers (Rome a toujours mieux traité ses citoyens que les barabres conquis) la torture est permise sous certaines conditions et pourvu que les éléments de preuve obtenus par torture soient cohérents.
Mais puisque le but même de la torture est d'obtenir des aveux qui soient conformes à ce que recherchent les tortionnaires - entendez les autorités de poursuite - et puisque aussi la torture ne cessera que lorsque ces aveux auront été obtenus, soyons certains que le fruit de traitements inhumains, cruels et dégradants infligés afin de recueillir des preuves présentera systématiquement l'apparence de la cohérence.
Certains n'y verront peut être rien de choquant tant l'histoire judiciaire nous prouve que seuls ceux qui sont coupables ne trouvent pas la force intérieure de résister à la torture. Jamais un innocent n'a avoué sous la menace, la contrainte ou la souffrance. Enfin, presque jamais...
Dans la guerre contre le terrorisme, force est de constater que le terrorisme gagne des batailles en faisant vaciller les fondements de la République américaine.

31 août 2006

Sondage & Religions

Dans le prolongement des conversations sur la place de la religion sur Internet, je vous recommande la lecture d'un très intéressant sondage du Pew Research Center relatif à la perception qu'ont certaines communautés religieuses (musulmanes et chrétiennes) du pays dans lequel ils résident ou duquel ils sont des ressortissants. Les résultats tendent à montrer que les "Français de confession musulmane" (quelle réalité cette notion recouvre-t-elle ?) ont des opinions plutôt favorables à la politique d'assimilation à la française.

PS: sondage commenté sur le site du Monde

28 mai 2006

An inconvenient truth

An inconvenient truth. Tel est le nom du dernier livre d'Al Gore, "ancien futur président des Etats-Unis" comme il aime à se présenter. Ce livre, fruit de plusieurs mois de recherches et de colloques, repositionne Al Gore sur le devant de la scène politique américaine et mondiale - ce qui va souvent de pair. En effet, la stratégie est des plus intéressantes. Plutôt que de ressortir les mêmes thèmes de campagne qu'en 2000 et de les mettre à jour, Al Gore choisit d'occuper un nouvel espace politique qui le différencie de ses concurrents démocrates et le met en situation d'opposition frontale avec le camp républicain. Un pari intéressant servi par un engagement fort respectable en faveur de l'environnement et par des propositions sinon claires et concrètes du moins raisonnables et tournées vers l'avenir - Al Gore met l'accent sur les solutions technologiques aux problèmes environnementaux plutôt que sur le retour à un hypothétique passé doré.

Quant au plan média, il est également original puisqu'un film vient appuyer le propos d'Al Gore. Le cinéma est un média de masse fort utile dans la catégorie des top down media et vient ainsi intelligemment compléter l'outil littéraire. Sur ce choix, je rejoins plutôt l'avis de Lawrence Lessig que celui de Loïc Le Meur - il me semble en effet que c'est un choix judicieux à même de toucher voire de convaincre un public plus large. Dans la foulée des documentaires de Michael Moore et d'autres réalisateurs, il me semble que le plublic américain est à même de faire la différence entre fiction et réalité.