Un peu de retenue pour les dangereux
La déclaration des droits de l’homme et du citoyen range parmi les droits naturels et imprescriptibles de l’homme la liberté et la sûreté. Comme nombre de droits fondamentaux, la liberté et la sûreté peuvent se heurter au point de devenir incompatibles.
La rétention de sûreté que vise à
instaurer ce projet de loi consiste à pouvoir retenir, pour une durée d’un an
renouvelable autant de fois que nécessaire, une personne ayant purgé la peine à
laquelle elle avait été condamnée dans des conditions strictement définies.
Les contrôles juridictionnels
sont prévus à l’ensemble des stades de la procédure (mise en place, suivi,
libération). En outre, la décision de placer une personne en rétention de
sûreté ne peut être prise qu’après qu’une expertise aura conclu à la
particulière dangerosité de l’individu se caractérisant par une forte
probabilité de récidive.
Ces beaux principes ne doivent
pas masquer des réalités pouvant conduire à des utilisations abusives de la
rétention de sûreté : comment doit-on définir une « particulière
dangerosité » et selon quels critères peut-on apprécier un « risque
de récidive » ? Il est à craindre que des experts n’osent pas prendre
le risque de laisser remettre en liberté un individu qui pourrait être
dangereux, sans être pour autant particulièrement dangereux.
En réalité les conditions très
strictes définies par le projet de loi relèvent plus de l’art divinatoire que d’une
approche méthodique et scientifique. La porte est donc grande ouverte aux
erreurs d’appréciation, aux différences de traitement entre détenus selon les experts
désignés et même à une certaine forme d’arbitraire.
Il ne s’agit pas de lettres de
cachet, tant s’en faut, mais à dire vrai le système de rétention de sûreté est
plus pernicieux car il se drape d’une apparence de vertus.
Bien que le législateur ait
conféré à la rétention de sûreté une apparente respectabilité en la parant de
nombreuses garanties substantielles et procédurales, on ne peut que s’alarmer
de ce que ce projet de loi n’ait pas été présenté pour ce qu’il est : un
enfermement de personnes dangereuses, pour un temps indéterminé. Il aurait été
plus honnête d’appeler un chat un chat : il s’agit ni plus ni moins d’une
perpétuité qui doit être confirmée une fois par an.
Il serait préférable que les
personnes susceptibles de faire l’objet d’une rétention de sûreté fassent
l’objet de soins dès leur incarcération. Il est en effet pour le moins
paradoxal, si ce n’est irresponsable, de considérer qu’une personne est
particulièrement dangereuse et de ne pas entreprendre de la soigner aussi tôt
que possible.
En conclusion, la rétention de
sûreté n’honorerait pas notre société, étant à la fois dangereuse et hypocrite.

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