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décembre 2007

26 décembre 2007

"Justice et liberté" dans les prisons

Si on juge une société au sort qu'elle réserve à ses prisonniers, je souhaite à la France de s'adjoindre les conseils d'un avocat qui ne rechigne pas à défendre de patents coupables. La présomption d'innocence n'a ici pas droit de cité. Surpopulation carcérale, manque de suivi psychologique, faiblesse des moyens alloués à la réinsertion sociale et professionnelle ou encore violence entre détenus convaincront nos juges, ailleurs ou plus tard, que nous aurons manqué à un élémentaire devoir d'humanité. Que nous continuions ainsi à négliger ce qui se passe derrière les hautes murailles des maisons d'arrêt ou centres pénitentiaires et nous nous devrons d'admettre que de justice, les peines seront devenues de pure punition, pire de vengeance. Si la justice cherche bien évidemment à punir ce qui a été fait, elle intègre également à sa considération d'autres éléments telles la protection de la société pour l'avenir. Comment parler d'avenir lorsque notre société ne s'intéresse qu'au bras de la justice qui tient le glaive, celui de la punition, celui du passé. Pour que justice il y ait, la lumière doit traverser les fenêtres des enceintes de privation, pour que celles-ci ne soient plus jamais des enceintes d'abandon. Le quotidien Ouest France honore sa devise, "Justice et liberté", en permettant aux détenus de l'ouest métropolitain de s'évader en toute légalité. Ces quelques ponts jetés entre les reclus et leur société jetteront peut-être certains prisonniers plus sûrement sur les routes de la réinsertion. Ouest France rend à notre société un peu de la dignité qu'elle perd, en même temps que ses prisonniers, derrière ces murs.

Voir l'édito d'Ouest France.
Voir le site de l'Observatoire International des Prisons pour aller plus loin.

24 décembre 2007

Contine de Noël

Iphone_home Je ne vais pas m'apesantir sur toutes les facettes du phénomène iPhone : technologie, marketing, design, Internet mobile, pollution, etc. Je vais m'attarder sur un seul aspect de cette boule à facettes qui n'en finit pas de nous éblouir, pour le pire (segmentation à outrance du marché, bridage de la machine, fonctionnalités phares des marchés européens ignorées) ou pour le meilleur (expérience utilisateur unique, navigation mobile sur Internet enfin plaisante, qualité vidéo, la météo à la volée pour les utilisateurs de 2 roues !). Ce dont je vais vous parler, ce sont les nombreux services qui vous sont proposés autour de l'iPhone par de petites entreprises. Pour tout le reste, vous pouvez par exemple consulter les excellents blogs et sites suivants :
iPhon.fr
Blog iPhone Apple
iPhone central sur Macworld (en anglais)

C'est une des principales forces de la marque Apple, sa capacité à entraîner tout un écosystème autour d'elle. Bien avant les Apple Store officiels ou, en France, les corners Apple dans les Fnac, les Apple Centers indépendants furent légions. Quant vint l'iPod, nombre d'entreprises se mirent à proposer des écouteurs, housses, autocollants de personnalisation, connecteurs sans fil pour radio, ... L'iPhone ne déroge pas à la règle, avec des plug-ins GPS en train de voir le jour, de très nombreux logiciels supplémentaires ou encore des housses en tous genres. En cette veille de Noël, il est de bon aloi qu'une histoire vous soit contée, fut-ce une histoire de housses pour iPhone.

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21 décembre 2007

C'est quoi, un blog ?

H2a Le supplément en ligne de Libération consacré aux médias et à la culture, Ecrans, a posé cette simple question à 23 blogueurs - qui n'ont pour l'occasion pas été affublés de l'épithète "influents", ce dont je sais gré à Ecrans tant cette accolade est maladroitement utilisée. Vous trouverez les réponses à cette question ici. On y trouve des réponses allant de la fonction sociale (interagir, dialoguer) à la fonction psychanalytique (addiction, besoin, "ego masturbatoire" par Embruns) en passant par la fonction technologique (outil, tags). La définition que je préfère. Incontestablement celle qui n'oublie pas le plaisir partagé d'un auteur et d'un lecteur, par Diner's room :

Le blog, est un petit chez soi, où l’on reçoit sans déplaisir.
Une forme de pension balzacienne que les visiteurs habitent avant de la quitter, pour y revenir parfois et la quitter encore. Son hôte les nourrit d’une cuisine improbable, faite de certitudes et de doutes. La liberté qu’il s’était donné devient bientôt un esclavage ; bienheureux esclavage.
Certains y retrouvent le plaisir du bistrot, les discussions sans queue ni tête et la chaleur de l’invective. L’esprit de comptoir règne. D’autres y font salon, fenêtre entrouverte. On se visite courtoisement, à la façon de la bonne société de Jane Austen.
D’autres enfin, comme l’on se niche sous un édredon, s’y enfouissent pour crier ; en espérant être entendu, mais pas trop fort.

Et parfois, un peu de tout cela, au gré de l’heure tardive ou d’un matin calme.

Difficile de rivaliser tant les idées sont justes et les mots, habiles. Je m'y essaie néanmoins :

Un blog, c'est partout la capitale de la liberté. Les esclaves libérés du joug de leur contempteur établirent leur Freetown. Les individus, libérés de la servitude dans laquelle quelques-uns les avaient plongés, établirent leurs blogs.
Pamphlets, calomnies ou essais. Conversations, stupeurs et légéretés. Invectives, insultes ou pardons. Si tout y est admis, tout n'y est pas recommandé.
Un blog, c'est la voie délicate, c'est la voie incertaine de l'émancipation.

Sur ces quelques mots, il ne reste plus à mon codisciple sur H2A et à moi-même qu'à faire vivre davantage cet espace de liberté. Sans attendre les résolutions du 1er janvier, je m'y attèle...

20 décembre 2007

Moutons que nous sommes

Ces derniers jours, tout le monde n'a eu que ça à la bouche. Au cas où vous auriez passé ces dernières 72 heures plongé dans l'intégrale de Voltaire à la Pléiade ou à lire Shakespeare dans le texte, je soumets à votre considération la nouvelle qui a supplanté toutes les autres, le scoop de ce mois de décembre : le Président de la République, Nicolas Sarkozy, serait en couple avec la mannequin et chanteuse Carla Bruni. C'est en tout cas ce que tous les supports d'opinion, des médias aux blogs, ont déduit des photos de ces deux êtres proches à la parade de Mickey.

Que cela constitue une nouvelle, j'en conviens et le revendique même. Que cela constitue une nouvelle en soi, je le regrette, moutons que nous sommes à regarder l'écume, oubliant de veiller aux vagues. Les médias français, dans leur grande majorité, se repaissent souvent du respect qu'ils affichent à l'égard de la vie privée. Grand bien leur fasse. Mais maintenant qu'ils sont tombés dans les filets tendus par un Président pratiquant un style nouveau, il leur faudrait reconsidérer leur position. Si le respect affiché de la vie privée des personnages politiques ne consiste en effet qu'à resservir aux Français les histoires de façade racontées par le Président sans chercher à creuser plus avant, alors les médias font fausse route. Soit on n'en dit rien, et l'on se refuse à expliquer ce que la vie privée d'un homme peut avoir comme influence sur ses décisions politiques. Soit on le dévoile, et on accepte alors de se plonger dans cette sphère privée pour comprendre en quoi elle joue, par moments, un rôle de détournement médiatique. On s'y plonge encore pour comprendre ce qu'elle révèle sur nos personnages politiques, en proie à la reconnaissance, travaillés par le désir de séduction, préférant quoi qu'ils en disent, car ils le font, la gloriole aux blocs de granit. Pures suppositions que ces projections de sentiments ou de motifs. Mais questions que nous ferions mieux de nous poser alors que nos regards se posent, eux, sur ces photos depuis trop longtemps déjà.

PS : pour un premier niveau d'analyse, un peu à l'image de ce que pratique les presses italienne ou anglaise, allez par exemple ici.

18 décembre 2007

"The big picture"

Mappemonde Prendre du recul. Réfléchir avant d'agir. Mettre les choses en perspective. Autant de courtes maximes pour dire ce que les anglo-saxons nomment "the big picture".

C'est sans doute ce qui fait défaut à de nombreuses initiatives privées en matière humanitaire. Non pas que les États ou les organisations internationales soient irréprochables en la matière, loin s'en faut. Néanmoins leurs défaillances sont plus souvent conscientes, par exemple dictées par des considérations géotratégiques, et ne font alors que peu de cas de l'humain pris en tant qu'individu. Ceci est condamnable, certes. Ceci n'est pas le reflet d'un cruel manque de discernement. Prenons deux exemples récents d'initiatives privées qui démontrent, à l'inverse, l'intérêt d'une approche globale, concertée et réfléchie en matière humanitaire.

Le Los Angeles Times a publié un intéressant dossier sur l'action de la fondation Bill & Melinda Gates en Afrique. Si les intentions et la générosité de la fondation sont plus que louables, le manque de prise en compte exhaustive des problèmes sanitaires des pays aidés par la fondation conduit à des résultats ambivalents, voire inquiétants. Infrastructures (transports, hôpitaux, routes, etc.), niveau d'éducation, structures familiales sont autant de paramètres qui jouent un rôle dans l'éradication des maladies les plus mortelles. Qui plus est, la priorité donnée aux seuls virus les plus graves, tels le SIDA ou la malaria, conduit à négliger des maladies que nous considérons, dans les pays industrialisés, comme plus bénignes, et pourtant plus mortelles en Afrique.

Quant à l'autre exemple, il s'agit de l'expédition manquée de l'Arche de Zoé en Afrique de l'Ouest. Sur le principe, on ne peut que souscrire à la volonté de sauver de jeunes enfants. Sur les modalités, on ne peut que s'opposer à une vision à courte-vue qui fait fi des principes de prudence élémentaire et des conséquences à long terme d'une telle aventure. Se fier à la parole de chefs de tribus, sans plus de recherches complémentaires et contradictoires, pour décider qu'un enfant vient bien du Soudan et qu'il est bien orphelin est au mieux stupide, au pire irresponsable. Dire que ces enfants seront élevés dans un pensionnat où ils seront éduqués et nourris semble être une assistance bienvenue dans des pays en proie à des problèmes de malnutrition endémiques et en manque d'individus éduqués pour soutenir leur développement. Les extraire de leur environnement pour le bien-être de familles françaises sans se soucier des conséquences d'une telle pratique pour le pays dont on les prive, c'est au mieux égoïste, au pire cynique.

Si les lenteurs et les pesanteurs de l'action publique nous sont insupportables lorsque c'est de vies qu'il s'agit, les approximations et expérimentations privées ne constituent aucunement un remède plus approprié. La justesse des choix opérés, bienfait de la lenteur, alliée à l'agilité des acteurs. Voilà un alliage qui doit être recherché. En mettant en relation les capacités d'expertise publique et la force de frappe privée ? Voilà une nouvelle piste de partenariat public privé à explorer.