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septembre 2007

19 septembre 2007

Nous ne sommes pas des ADN

Nous y sommes donc, à ce moment redouté, redoutable. L'être humain va dorénavant se définir par son profil génétique. Exit la réalité sociale et culturelle de l'être, ses sentiments, sa complexité. Vous et moi ne sommes qu'une suite de GATACA, une suite hasardeuse de connexions génétiques.

C'est déjà ce qu'avait suggéré un juge anglais à la très prestigieuse Cour d'Appel en émettant l'idée que tous les citoyens britanniques soient "recensés" génétiquement afin de mieux lutter contre la criminalité (The Guardian).

En France, vouloir procéder à un test génétique de certains prétendants au regroupement familial nie la nature même du lien familial. Ce mode de sélection prétend ainsi réduire ce lien à une correspondance génétique.

La famille, si elle correspond parfois aussi au partage de gènes, est avant tout un choix. Elle est tout simplement la volonté pour certains parents d'élever leurs enfants, elle est le fruit d'un adultère dont les auteurs souhaitent conserver le secret, elle est l'accueil d'un orphelin et elle est bien souvent nouée autour de secrets voire de drames familiaux. Moïse ne fut-il pas élevé par Pharaon ? Jésus par Joseph ?

La famille est donc l'exercice de notre libre arbitre, en conscience, elle est tout ce qui fait de l'être humain le dépassement de sa simple matérialité. La famille n'est pas réductible à l'ADN.

S'il est vrai que certains prétendants au regroupement familial mentent et s'inventent une famille pour les besoins - parfois légitimes - de leur cause, il n'en reste pas moins que vouloir instaurer un "détecteur génétique de mensonge" portera indiscutablement atteinte à la réalité sociologique de la famille.
La République se trompera et se fera peut-être même tromper en accueillant certains prétendants. Qu'il en soit ainsi, puisque seule l'erreur est humaine. La certitude ne l'est pas puisqu'elle n'appartient, paraît-il, qu'au Pape infaillible...

18 septembre 2007

Billet d'humeur - Le retour de l'obscurantisme

On parle beaucoup de la montée du fondamentalisme musulman dans le monde et en Europe, chariant son cortège d'insultes à la dignité humaine et qui couvre d'ombres épaisses la raison que nous cultivons depuis plus de 3 siècles. Outre qu'il est toujours bon de s'interroger sur la portée réelle de ce phénomène, à l'instar du Financial Times, c'est un autre fondamentalisme, plus proche denous, qui m'inquiète.

Le mot est un peu fort, j'en conviens, mais le Président de la République et celle qui aurait pu être la première à accorder ce titre au féminin évoluent dans des univers symboliques inscrits dans le passé, dans la peur, et dans la pénombre.

Nicolas Sarkozy et son Gouvernement ébranlent les principes qui fondent la conception de la justice que notre nation a patiemment construite.
Là où leur plume est serve, obéissant aux directives du Gouvernement, les procureurs ont toujours conservé une liberté de parole et de réquisition qui fait d'eux de véritables agents de la justice, et pas seulement les courroies de transmission du pouvoir exécutif au sein des prétoires. Pourtant, le pouvoir exécutif a été pour le moins maladroit à l'égard de ce principe en convoquant à la chancellerie un procureur dont les propos avaient déplu.
Là où l'on admet que les pouvoirs sont séparés, que la justice non élue doit pouvoir le contester à tout représentant du peuple pour que "le pouvoir arrête le pouvoir", la ministre de la Justice semble vouloir emprunter une autre voie. "La légitimité suprême, c'est celle des Français qui ont élu (Nicolas Sarkozy) pour restaurer l'autorité. Les magistrats rendent la justice au nom de cette légitimité suprême". Tout étudiant ayant passé une année, fut-elle distraite, sur les bancs des facultés de droit verra ici un syllogisme de même rang que le classique exemple qui sert à nous mettre en garde à l'éndroit de ces raccourcis de la pensée : "Un cheval bon marché est rare. Tout ce qui est rare est cher. Un cheval bon marché est donc cher". Les juges rendent bien la justice au nom du peuple français qui leur a conféré toute la légitimité nécessaire en approuvant, le 28 septembre 1958, la Constitution de la Ve République, dont l'empire s'étend au Président de la République.
Il est fallacieux d'affirmer que la justice  est rendue au nom du Président de la République. C'est une insulte faite à notre raison collective. 
Dans sa sagesse, la nation souveraine a souhaité que la justice soit l'émanation du peuple. Pour que la justice soit justice, nous avons choisi qu'elle ne soit pas le reflet du peuple, sujet à de trop nombreux excès.

Quant à Ségolène Royal, l'obscurantisme est biblique, et exprimé ainsi :
"Pardonnez-leur parcequ'ils ne savent pas ce qu'ils font"
"J'ai l'impression en lisant tous ces ouvrages que si j'étais Jeanne d'Arc, j'aurais déjà été brûlée vive"
"J'ai cicatrisé ma blessure" (notez que, le plus souvent, une blessure cicatrise, et qu'un rebouteux cicatrise une blessure)

N'oublions pas de soupeser chaque mot, ils sont porteurs d'un sens que nous pourrions récuser...

13 septembre 2007

L'illusion de la justice

Des "illusionnistes du droit", c'est ainsi que Gabriel Garcia Marquez décrit les avocats dans Cent ans de solitude.
L'illusion du droit c'est en fait, pour l'auteur, l'illusion de la justice. Cette illusion est grande aujourd'hui tant on essaye de faire croire à l'opinion publique que la multiplication des lois, l'inflation des incriminations et le durcissement des peines distribuent plus de justice qu'autrefois.
Comme en toutes choses, le mouvement donne l'illusion de l'action, alors qu'il n'est que gesticulation.
La justice ne passe pas par plus de lois. Elle suppose avant tout des lois plus claires, moins nombreuses. Elle exige des moyens dignes de cette mission régalienne, afin de fournir aux juridictions des magistrats, greffiers et personnels.
Elle réclame enfin de devenir un pouvoir, et non pas une simple autorité jalouse de ceux qui font les lois et de ceux qui les exécutent.
Pourvu que la rupture ne nous donne pas simplement l'illusion d'une réforme de la justice...