« mai 2007 | Accueil | août 2007 »

juillet 2007

31 juillet 2007

Des jetons de présence pour les députés ?

Laconstitutioncarcassonne2002 C'est l'idée proposée par Guy Carcassonne, professeur de droit public à l'Université Paris X Nanterre et membre du comité de réflexion Balladur sur la réforme des institutions. Pour qui connaît un peu le brillant constitutionnaliste qu'est le professeur Carcassonne, la proposition n'a rien de surprenant. Un de ses nombreux cheval de bataille dans son ambition de modernisation de la vie institutionnelle est le limite du cumul des mandats. Le postulat de départ de cette réflexion pose que les députés disposent aujourd'hui de prérogatives nombreuses en matière législative ou de contrôle du Gouvernement mais qu'ils ne s'en saisissent que fort partiellement, faute de volonté politique ou d'attention suffisante. Ainsi, faire revenir les députés sur les bancs de l'hémicycle entraînerait peut-être une meilleure utilisation des prérogatives nombreuses que la constitution du 4 octobre 1958 leur confère.
Quelques esprits chagrins font remarquer que le travail d'un député ne saurait être jugé uniquement à l'aune de son temps de présence dans l'hémicycle du Palais Bourbon. En effet, le travail en commission doit être pris en compte pour apprécier de l'implication d'un député, d'autant plus que leur rôle devrait être renforcé par les propositions du comité Balladur. Par ailleurs, les visites en circonscription sont importantes pour les députés afin de garder les deux pieds dans les problèmes quotidiens que rencontrent les citoyens qui les ont porté à la représentation nationale. Concernant ce dernier point, notons que du vendredi au lundi inclus l'Assemblée nationale ne siège pas en plénière, ce qui libère du temps pour ces visites de terrain. Quant au travail des députés en commission, il pourrait être pris en compte en instaurant un système de jetons de présence pour les séances publiques et les travaux en commission, voire en mission d'information ou commission d'enquête. Parallèlement, à condition de permettre aux commissions d'adopter les textes de loi les plus techniques, la réduction du nombre de séances publiques rendra encore plus importante la distribution de jetons de présence aux députés présents en commission.

16 juillet 2007

La rareté de la parole (...) fait-elle sa puissance ?

A en juger par l'écart toujours plus grand qui sépare deux billets sur H2A, je serais tenté de trouver refuge dans ce précepte de Jacques Pilhan selon lequel la parole est forte car elle est rare. Certes, M. Pilhan a spécifiquement conçu cette approche pour la parole présidentielle - statut auquel ma parole ne prétend nullement accéder - dans un champ suffisamment éloigné de la communication publicitaire pour s'émanciper du principe selon lequel l'efficacité de toute communication réside en grande partie dans la répétition du message. Sans disposer des scores de mémorisation de cette campagne, je suis certain que la maxime "Urgo le pansement des héros" est imprimée dans bien des esprits.

Mais je m'égare. Je vous invite en effet à vous rendre sur le tout nouveau PR2Peer pour en découvrir davantage sur le sujet de la parole présidentielle et, plus généralement, sur la communication à l'ère des médias sociaux. Stanislas Magniant et moi-même avons récemment décidé d'explorer la manière dont l'ensemble des champs de la communication sont affectés par la nouvelle place que s'octroient les consommateurs (marketing), les publics (communication d'entreprise), citoyens (communication publique) et électeurs (communication politique) dans la sphère médiatique.

Pour ne pas délaisser si abruptement ces colonnes pour quelques jours (ou semaines) encore, je profite de ce billet pour vous livrer une réflexion sur une autre recomposition à l'oeuvre dans la sphère politique. Comme un pendant à sa volonté d'occuper pleinement l'espace médiatique, l'action de Nicolas Sarkozy conduit des personnalités politiques de l'opposition à occuper avec la majorité le devant de la scène.

D'abord ce fut le tour des ministres d'ouverture, ces personnalités de gauche appelées à porter l'ambition sarkozyste, non sans succès et promesses, tel Bernard Kouchner soufflant le sable écarlate du Darfour dans les yeux de la communauté internationale ou Martin Hirsch veillant à faire remonter les plus démunis dans le train du progrès économique et social. Puis vint le tour de Jack Lang, sollicité pour contribuer au réflexion d'un comité d'experts, présidé par Edouard Balladur, chargés de formuler des propositions de réforme des institutions de la Ve République. Plus récemment, Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l'Economie et des Finances de Lionel Jospin, a été propulsé candidat de l'Union européenne à la direction générale du FMI que Rodrigo Rato, ancien ministre espagnol de l'Economie de José Maria Aznar (conservateur), abandonnera en octobre prochain.

Face à de tels honneurs, les dirigeants du parti socialiste ont choisi de fuir. Sous la Ve République, plus particulièrement depuis l'apparition du fait majoritaire en 1962, le staut d'opposition a conduit les partis politiques français à user toutes les cordes de la démagogie politicienne, fille de la conforable irresponsabilité dont l'opposition a profité depuis bien trop longtemps déjà.

Mise de côté la participation d'anciens dirigeants ou de sympathisants de gauche au Gouvernement, l'introduction d'une certaine dose de multipartisme dans la vie politique française paraît devoir apporter bien plus d'avantages que d'inconvénients.

Tout d'abord, écartons d'un revers de la main le spectre du consensus mou, ou de la pensée unique. Qui dit réflexion et propositions transpartisanes ne dit pas solution de facilité. Pour s'en convaincre, tournons nos regards vers les Etats-Unis où des élus démocrates et républicains n'ont pas attendu que l'opinion devienne majoritairement hostile à la conduite de la guerre en Irak pour proposer d'amender la politique étrangère de l'administration Bush.

Ensuite, tournons nos regards vers un avenir, peut-être loitain, en tout cas inéluctable, où l'opposition deviendra majorité. La participation de certains de ses dirigeants à des réformes d'ampleur, l'exercice de responsabilités par les futurs ministres d'un gouvernement de gauche et l'instillation d'un esprit de construction politique au sein de l'ensemble de la classe politique seront de nature à favoriser une reprise rapide et habile du pouvoir par ceux qui en auront été dépourvus, pour le plus grand bénéfice de la France.

Le Président de la République prépare-t-il d'ores et déjà ce moment inévitable où ses soutiens devront renoncer au pouvoir ? On peut certes douter qu'il s'agisse là de sa volonté première. Au nom de notre démocratie, on ne peut que l'en remercier.